La Chasse

 

Paris le 10/02/07 Martial LEVESQUE

Mon père Judicaël a toujours aimé la campagne et les forêts car il est né à Paimpont. Il cherchait donc une propriété boisée. Lors d'un voyage entre Marcouville, Eure et Pont-Forêt en Bretagne, il a eu l'occasion d'acquérir Miserai en 1928. À l'époque, mes frères et moi étions étudiants chez les jésuites à Evreux mais nous passions toutes nos vacances à Miserai. Nous étions fascinés par la chasse à tir et à courre. La guerre est venue, me séparant de ma famille pour une longue mobilisation et une captivité de cinq ans.

Après la guerre en 1947, je m’installe à Miserai, où je réside aujourd’hui. Il est impossible de parler de Miserai sans parler de l’origine du Vautrait du Perche, ayant été l’un des premiers témoins et membre actif à ses débuts. Mon père avait pris à Miserai les chiens donnés par Régine, fille unique du comte Alphonse de Falandre décédé juste avant la guerre. De plus était venu à Miserai la meute du chenil de la Maison des Etangs, propriété du Baron d' Armela, engagé volontaire dans l’aviation américaine pendant la guerre 39/45. La guerre finie, mon père reprend donc les laisser-courre dans les forêts environnantes de Miserai, et s’associe avec un autre louvetier voisin en la personne de Jean Renouard Larivière. A cette époque, mon père chassait modestement, et , en tant que louvetier, conviait souvent des tireurs qui nous tuaient des sangliers au déboulé de la bauge. Mon sang ne faisant qu’un tour, je décidais de me présenter au rendez-vous en tenue traditionnelle.

Surpris, mon père a trouvé cela plutôt à son goût, et nous décidâmes de monter un équipage dans les formes. Il fallait décider des couleurs. Dans mes pérégrinations parisiennes, passant rue Richelieu, je m’arrête chez le drapier « Prud’homme » qui me montre des draps de bonne qualité et je rapporte à Miserai les échantillons bleu-roi et chamois. Mes parents convient à dîner le ménage Larivière pour que l’on puisse décider des tenues qui doivent être adoptées. 

Tout le monde acquiesce, lorsque Simone, dit a mon père « on pourrait rehausser la tenue avec des galons » et mon père aussitôt « sûrement pas !» Enfin, l’on transigea et les galons restèrent sur le gilet. Quand au « bouton », mon père avait un modèle de petit sanglier de bronze, et suggéra l’idée d’un sanglier sautant dans un ceinturon avec la devise « écoute à la tête ».

La fanfare «la Miserai» avait été composée par ma mère, mais sur les instances des « boutons », elle devint « les échos du Perche ». Le Vautrait du Perche était né.

 

Petit à petit mon père me laissa organiser les chasses et, marié en 1952, mon épouse, excellente cavalière, suivait avec moi tous les laisser-courre.

En 1955, les chiens de chasse de Jean Renouard Larivière se joignent à la meute de Miserai. Ma sœur Martine s'est mariée à l'été 1958 et mon père a décidé de me confier le poste de maître d'equipage, en accord avec Jean Larivière.

Durant les quatre années qui suivirent, nous primes une trentaine de sangliers par saison, et en 60-61, 33 sur 36 sorties, découplant une meute de 40 chiens et chassant 6 fois par mois. En 1962, ma femme et moi décidons de nous installer à Paris pour l’instruction des enfants. Heureusement mon frère Emmanuel et Jean Larivière se décidèrent à continuer sur cette lancée, et le Vautrait pris la tournure actuelle. Grâce à leur acharnement, à celui des fils d’Emmanuel, et au grand mérite de tous les boutons, l’Équipage connaît aujourd’hui une belle renommée. 

Bien que ne pouvant plus monter depuis longtemps, et marchant avec difficulté, la passion de la vénerie est telle, que nous continuons à suivre en voiture, avec ma femme, la plupart des déplacements de l’équipage. 

 

Le Vautrait du Perche sur la pelouse du chateau